"Nous nous trouvons dans une crise gigantesque", a déclaré Marc Walder de Ringier, cité dans un communiqué. La nouvelle utilisation des médias par les consommateurs et la crise conjoncturelle auraient frappé la branche. Les entreprises de médias doivent se concentrer sur des marques fortes, rendre leurs entreprises plus efficaces et développer de nouveaux secteurs d'activité. "Il n'y a pas de crise générale des médias, mais une nouvelle réalité", a en revanche déclaré le professeur Otfried Jarren de l'université de Zurich. Mais il y aurait bien une "crise maison" des quotidiens et de la gestion des maisons d'édition. Avec une qualité élevée, les médias devraient créer une valeur journalistique pour laquelle les consommateurs sont prêts à payer. Le secteur est le seul à pouvoir renverser la vapeur. Hans Peter Rohner de Publigroupe a expliqué que l'avenir appartient aux "entreprises de médias qui calculent intelligemment et qui sont prêtes à innover". La tradition et la taille peuvent être une aide, mais aussi un obstacle.
Sortir de la crise
Le journalisme en ligne est-il un moyen de sortir de la crise ? Il est "léger, flexible et immédiat" et offre les meilleures conditions pour des informations actuelles et approfondies, a décrit Peter Knechtli d'Online Reports. La communauté en ligne souhaite justement des informations en "temps réel". Les recettes publicitaires ont évolué de manière positive et la crise publicitaire n'a guère été ressentie. Le journal gratuit 20 Minuten n'a été que légèrement touché par cette crise, a déclaré le directeur général Marcel Kohler. En revanche, il n'y aurait pas de crise sur le marché des lecteurs, au contraire : le nombre de lecteurs augmenterait, notamment grâce au groupe cible des 14-19 ans, important pour les annonceurs. La baisse du nombre de lecteurs a en revanche donné du fil à retordre au journal suédois Svenska Dagblat, ont regretté Ann Axelsson et Magnus Gylje. Afin de transmettre aux lecteurs des informations adaptées à leurs besoins, ils ont rationalisé les éditions et simplifié les sujets complexes avec des graphiques informatifs. Le week-end, ils publient un magazine qui traite plus en détail de certains sujets. Le bilan est réjouissant : le journal a remporté quelques prix pour sa mise en page et le nombre de lecteurs est en hausse.
La qualité en souffre-t-elle ?
"Je n'ai pas grand-chose de catastrophique à vous dire sur la mise en danger de la qualité de notre journalisme", a encouragé Hanspeter Lebrument, président de l'Association de la presse suisse, en s'adressant aux participants du Comdays. Lorsque nous parlons de crise, il s'agit de quelques titres et de quelques personnes. Les médias locaux et régionaux connaissent un essor grâce à leur couverture locale et à leur travail professionnel. C'est la raison pour laquelle la Suisse est parfaitement équipée en matière de médias et que la qualité des médias s'est améliorée. Aux Etats-Unis, le journalisme en ligne est la raison pour laquelle le journalisme américain de qualité est gravement menacé. "Les journaux se trouvent dans la spirale de la mort", a regretté Stephan Russ-Mohl de l'université de Lugano. Des titres riches en traditions ont déjà disparu. Pour que la qualité journalistique ne continue pas à souffrir, les lecteurs doivent payer. Pour un journalisme de qualité, les conditions de travail doivent également être adaptées. La formation et le perfectionnement sont indispensables, selon Philipp Cueni du Syndicat suisse des médias (SSM). En outre, il ne faut pas négliger les suppressions de postes effectuées jusqu'à présent. Elles sont relativement importantes et entraînent la perte de connaissances spécialisées.
Ne pas vendre des annonces mais des informations
Lors d'un panel, les représentants des médias se sont accordés à dire qu'il fallait changer de mentalité : Les lecteurs sont les clients - pas les annonceurs. A l'avenir, il faudra prendre les lecteurs au sérieux et vendre des informations et non des espaces publicitaires, a déclaré Markus Somm de la Weltwoche. Le publiciste Roger de Weck a également demandé une plus grande fidélisation des lecteurs : un bon journal est comme un dialogue ; le lecteur veut un bon interlocuteur. C'est le modèle de réussite du Bieler Tagblatt, a expliqué la rédactrice en chef Catherine Duttweiler. Son journal se caractérise par des reportages locaux, relate des événements qui touchent les lecteurs et permettent un dialogue. Les participants à la discussion étaient d'accord sur le fait que la qualité reste demandée et que la presse écrite ne disparaîtra pas. Mais actuellement, tous les médias rapportent la même chose, a regretté Dominique von Burg, président du Conseil suisse de la presse. Il est donc temps de changer de mentalité.
Un avenir médiatique ?
L'élargissement de la réalité est l'avenir des médias, a prédit Nils Müller de TrendONE à la fin du Comdays. Grâce à des appareils mobiles multifonctionnels, il sera bientôt possible de passer d'un monde à l'autre. On pourrait par exemple faire des achats virtuels et essayer des vêtements en ligne dès 2010. Nous serons toujours en ligne : "Always on, always connected", telle est la devise.