Lorsque Hanspeter Lebrument, président de l'Association de la presse suisse, a suggéré aux éditeurs de renoncer à l'aide à la presse lors de la conférence des Rois début janvier, il s'est manifestement penché beaucoup trop loin par la fenêtre. Lors de la réunion des dix membres de la présidence qui s'est tenue hier, il a en tout cas été carrément sifflé. Ainsi, sa proposition visant à créer une nouvelle base légale pour un système tarifaire uniforme de la Poste et demandant l'examen d'une suppression anticipée de la prime de fidélité a été rejetée. D'autre part, selon le communiqué de presse, la présidence a décidé "à l'unanimité" de s'en tenir à sa position actuelle sur la poursuite et la révision de l'aide indirecte à la presse. Cela signifie que Lebrument a dû céder et même renoncer à son opinion - sans doute pour démontrer ultérieurement l'unité et la cohésion de la présidence. Lebrument lui-même n'était pas joignable hier soir pour une prise de position, mais Guido Blumer, membre de la présidence et éditeur du Stadtblatt de Winterthour, l'était. Il avait mené le front des petites maisons d'édition et des organisations à but non lucratif contre le président et avait déposé diverses propositions avant la séance d'hier afin de remettre Lebrument à sa place. Interrogé à ce sujet, Blumer a déclaré que le président avait été "ramené dans le giron du collège" et a également confirmé que l'unanimité avait effectivement été obtenue par la voix de Lebrument. Blumer, qui s'est dit lui-même surpris par une telle unanimité au sein d'une présidence dominée par les grandes maisons d'édition, a retiré en contrepartie ses propositions de coprésidence. Il a également renoncé à convoquer une assemblée générale extraordinaire pour révoquer Lebrument. Sa conclusion : "Nous nous sommes retrouvés". En outre, "le président" s'efforcera désormais de ne plus faire de vagues.Avec la décision de la présidence, le département Distribution est désormais chargé de poursuivre les négociations avec la Poste, que celle-ci avait interrompues après le discours de Lebrument. L'année dernière, l'association des éditeurs et la Poste avaient élaboré un modèle pour la mise en œuvre de la motion de la Commission des institutions politiques du Conseil des Etats sur l'aide à la presse. Il prévoit une participation aux coûts de distribution et vise à garantir l'approvisionnement en journaux sur l'ensemble du territoire, indépendamment des distances. En outre, les coûts supplémentaires de la Poste pour la distribution dans les régions peu peuplées seraient indemnisés par la Confédération. Et troisièmement, les titres quotidiens et hebdomadaires à faible tirage bénéficieraient de réductions supplémentaires.
Le modèle élaboré montre que la motion parlementaire serait tout à fait réalisable, constate l'association dans son communiqué. "Contrairement à la décision du Conseil fédéral de décembre dernier de supprimer l'aide indirecte à la presse, une révision correspondante de la loi sur la poste est judicieuse et possible".
Markus Knöpfli