La plainte porte sur la nouvelle publication du roman policier "Die Entführung" de l'auteur liechtensteinois Armin Oehri, qui a fait des vagues dans la principauté l'été dernier. La maison d'édition et l'auteur ont reproché au Liechtensteiner Vaterland d'avoir boycotté le livre parce qu'il abordait un sujet délicat de l'histoire du Liechtenstein. Le Conseil de la presse a fait savoir mardi qu'il ne pouvait pas être question de boycott. Il a rejeté la plainte au motif qu'une rédaction est seule habilitée à décider si elle fait la critique d'un livre ou si elle publie une interview avec l'auteur. De plus, la pratique médiatique courante veut que dans les rédactions organisées hiérarchiquement, le rédacteur en chef décide de ce qui doit être publié.
Günther Fritz, rédacteur en chef du Liechtensteiner Vaterland, avait réagi dans un éditorial aux reproches de boycott du journal concurrent en soulignant qu'il ne se laissait pas imposer la publication d'une critique de livre et/ou d'une interview avec l'auteur. Dans le cas concret, il n'est pas prouvé, selon le Conseil de la presse, que le refus de la critique de livre et de l'interview ait été motivé par le fait qu'un chapitre sombre de l'histoire du Liechtenstein aurait dû être passé sous silence par égard pour une partie du lectorat. Le Liechtensteiner Vaterland avait signalé le livre en juin 2010 et publié en automne un rapport détaillé sur une lecture publique de l'auteur.
Mini pogrom
Le livre "Die Entführung" (L'enlèvement) traite de ce que l'on appelle "l'affaire Rotter", une histoire issue de la persécution des juifs par les nazis. Le 5 avril 1933, des nationaux-socialistes d'Allemagne et du Liechtenstein avaient attiré les anciens exploitants de théâtre Fritz et Alfred Rotter ainsi que son épouse Gertrud hors de leur exil dans un hôtel du Liechtenstein afin de les enlever pour les emmener en Allemagne. Lors de la chasse à l'homme à travers les montagnes, Fritz Rotter a réussi à s'échapper, tandis qu'Alfred et Gertrud Rotter ont trouvé la mort dans les rochers en dessous du village de Gaflei dans des circonstances inexpliquées. Lors du procès des quatre persécuteurs en juin 1933, le tribunal de Vaduz a prononcé des peines de prison très légères. Même ce jugement a été contesté. Plus de 700 personnes ont signé une pétition pour la libération anticipée des auteurs.