Quand le complexe devient tangible

YAAY : une start-up bâloise montre comment visualiser les données et les informations de manière claire et accessible.

YAAY
De g. à d. : Kurosch Hadinia, Indre Grumbinaite, Darjan Hil, Nicole Lachenmeier et Safak Korkut.

Ces situations vous sont-elles familières ? Une présentation de projet qui déborde et dont les diapositives PowerPoint n'en finissent pas ? Vous avez perdu la vue d'ensemble depuis longtemps, mais vous vous réjouissez d'autant plus de l'apéritif qui suivra ?

D'épais rapports d'activité dans lesquels se succèdent des graphiques chargés et d'énormes tableaux, tandis que la motivation s'étiole lentement ? Aujourd'hui, il y a plus de données et d'informations disponibles que jamais. Dans la recherche, l'informatique, l'administration, les entreprises privées, bref, partout. Rendre ces informations et ces données accessibles n'est toutefois pas chose aisée. S'il faut d'abord déchiffrer péniblement des graphiques, passer au crible des tableaux et des fichiers, cela prend du temps et énerve. Un défi pour la communication. C'est de ces réflexions qu'est née l'agence de design YAAY. L'équipe, composée de spécialistes dans les disciplines du design graphique, du design de produits, de l'informatique, de l'économie et de la sociologie, s'est spécialisée dans la visualisation de faits complexes.

YAAY rend visibles les informations et les données qui se trouvent quelque part : dans des feuilles Excel, dans des processus de travail, des concepts ou des études. Par exemple, la start-up veille à ce que les résultats d'études ne disparaissent pas sans avoir été utilisés. "Les résultats de recherche sont souvent trop peu pris en compte parce qu'ils n'ont pas été présentés correctement", explique l'architecte de l'information Darjan Hil. Chez YAAY, les résultats des études ne sont donc pas présentés sous forme de résumés ou de présentations PowerPoint. "Les présentations PowerPoint sont faites pour le moment, ensuite elles sont jetées", explique Hil. YAAY veut élaborer quelque chose qui dure plus longtemps et assurer ainsi la durabilité dans le traitement des informations. Lorsque le fabricant de meubles Vitra a commandé une étude sur les facteurs d'aménagement du poste de travail, YAAY a analysé, condensé et illustré les résultats. YAAY a reproduit dans des scènes de bureau comment différents facteurs - par exemple les plantes ou les conditions d'éclairage - influencent la productivité et la créativité des collaborateurs. Simple, concret et sous une forme qui éveille la curiosité de l'observateur. Pour Burckhardt + Partner, YAAY a conçu et réalisé la présentation de fin d'année.

Auparavant, le bureau d'architectes avait présenté les rapports à l'aide d'une présentation classique sur transparents. Il fallait maintenant trouver quelque chose qui puisse être utilisé au-delà de l'événement. Dans le cadre d'ateliers, YAAY a travaillé avec les architectes sur la forme sous laquelle les projets architecturaux réalisés devaient être présentés. Il en est résulté un poster de plusieurs mètres de long. Tout en haut, tous les projets de construction sont alignés à l'échelle, sous la forme d'une ligne d'horizon, avec des informations sur les dimensions, la durée de construction et le montant de l'investissement. L'éventail des travaux des architectes est visible d'un seul coup d'œil et les constructions peuvent être directement comparées sur une seule feuille. Bénéfice supplémentaire : le projet n'a pas fini à la poubelle après la cérémonie, mais a été accroché dans la salle de réunion comme une nouvelle possibilité dynamique de mener des entretiens avec les clients. "Grâce à ce poster, la communication interne et la prise de conscience des propres collaborateurs eux-mêmes ont été renforcées", explique Hil. Le dossier de présentation de l'entreprise avait ainsi fait son temps.

Avec ses visualisations, YAAY soutient également les entreprises dans leurs projets en cours. La jeune entreprise a par exemple accompagné une étude d'aménagement pour les environs de la nouvelle gare centrale de Vienne. Un projet dans lequel deux autres bureaux d'architectes étaient impliqués, en plus de Burckhardt + Partner. YAAY a conçu ce que l'on appelle un instrument de travail visuel, qui devait simplifier la coopération et la communication entre les parties impliquées dans le projet, en assurant une vue d'ensemble. Sur un grand poster, l'environnement autour de la gare centrale a été divisé en structures et typologisé. Les exigences - notamment en matière d'aménagement du territoire - auxquelles les architectes doivent constamment se conformer pour ce grand projet ont été énumérées sous forme de mots-clés. Hill est convaincu que "les visualisations simplifient la communication et la prise de décision". Il en a déjà fait l'expérience lors de son précédent emploi dans la gestion de projet chez IBM et plus tard au Crédit Suisse. Lorsque la grande banque a coopéré avec une entreprise externe pour le développement de logiciels, Hil a commencé non seulement à fixer les exigences par écrit, mais aussi à les enregistrer. Pour cet informaticien de gestion diplômé, c'est l'élément déclencheur qui l'a poussé à s'intéresser de plus près à la communication visuelle. Il a enchaîné avec un master à la Hochschule für Gestaltung und Kunst (HGK) de Bâle. C'est là qu'il a fait la connaissance de la plupart de ses collègues de travail actuels.

L'idée de créer YAAY était basée sur le désir de réunir les disciplines les plus diverses avec le savoir-faire de designers professionnels de manière interdisciplinaire. L'équipe a installé ses bureaux au dernier étage de l'ancienne gare CFF de St. Johann, qui abrite différentes start-ups de l'industrie créative. Hil est responsable de la gestion du projet. Il veille à ce que l'organisation de cette "équipe hétéroclite" fonctionne. En effet, YAAY ne réunit pas seulement différentes disciplines, mais aussi différentes cultures. L'illustratrice et designer de produits Indre Grumbinaite vient de Lituanie, le vidéographe et designer d'interaction Safak Korkut de Turquie, Darjan Hil a ses racines dans le sud-est de l'Europe, le sociologue et historien Kurosch Hadinia est issu d'une famille irano-suisse et, enfin, la graphiste Nicole Lachenmeier veille à l'équilibre suisse. Le dénominateur commun de YAAY n'est donc pas une spécialité ou une langue, mais la communication visuelle. Le nom de l'agence en est le symbole. Derrière YAAY, il n'y a pas de signification verbale, mais un concept visuel. L'équipe a joué avec les lettres A et Y, visuellement similaires, et a créé un logo (voir photo) qui marque les esprits : "Une fois qu'on l'a vu, il reste dans la mémoire". Avec une approche visuelle, YAAY a également abordé un thème de société actuel : l'inégalité sociale. Pour un concours international de design d'information ("Out of Balance - Kritik der Gegenwart. Information Design nach Otto Neurath"), ils ont visualisé des données issues d'une étude de l'UBS - et ont ainsi remporté le concours organisé par le magazine d'architecture Arch+. L'approche : YAAY a reçu de l'UBS des données socio-économiques de différentes villes. Des données sur les revenus de différentes catégories professionnelles, sur les coûts de la vie et de l'entretien, etc. Leur objectif : faire de cette masse d'informations une illustration visuelle des inégalités sociales.

Avec l'image de l'écart de revenus, YAAY a illustré les différences de salaires selon les catégories professionnelles (voir page de droite). Plus l'écart est ouvert, plus les différences sont importantes dans chaque ville. Plus un emploi est placé haut sur l'échelle, plus le salaire est élevé. Le produit intérieur brut a été placé sur les ciseaux comme point de référence. En comparant les "ciseaux" entre eux, on peut par exemple constater qu'un enseignant à Pékin gagne à peu près autant qu'un ingénieur. En revanche, si l'enseignant travaille à Dubaï, il est moins bien rémunéré que l'ingénieur, et à Moscou, il est même assimilé à un ouvrier. Sur un autre sujet, les salaires sont représentés par des points et le pouvoir d'achat est illustré par les différents produits et services.
Enfin, un concept d'exposition a été élaboré, dans lequel les visiteurs font l'expérience de l'inégalité dans leur propre chair. En entrant, les visiteurs se retrouvent devant une roue de la fortune. Celle-ci leur attribue une origine et un métier - analyste financier à Berlin ou ouvrier à Mumbai ? Avec leur nouvelle identité, les visiteurs se lancent dans le parcours. Sur un stand, ils peuvent se rendre compte du pouvoir d'achat en tirant à la carabine. Selon les professions et les pays, il y a plus ou moins de balles à disposition pour dégager les pyramides de boîtes - plus ou moins grandes selon les produits. L'analyste financier a des dizaines de balles, l'ouvrier doit être précis avec ses quelques balles s'il veut gagner un iPhone. La visite se poursuit sur un mur d'escalade. Ici, les visiteurs se trouvent devant une voie d'escalade plus ou moins facile selon leur profession. L'esthétique est centrale chez YAAY - mais jamais arbitraire. Derrière ce que YAAY met sur le papier, il y a un concept. C'est ce que montre par exemple la campagne de cette année pour le festival de clubs bâlois BScene, pour lequel YAAY a conçu une bande-annonce et divers imprimés. Au premier coup d'œil, le sujet de la campagne, avec des triangles de différentes formes, couleurs et positions, ne laisse pas deviner qu'il a une signification plus profonde. En s'intéressant de plus près aux triangles, on découvre de quoi il s'agit dans le festival : des innombrables possibilités de composer une soirée de festival.

Le contexte : lors du festival des clubs, différents groupes bâlois se produisent pendant deux soirs dans divers clubs. Après chaque concert, les spectateurs peuvent changer d'établissement et se rendre au concert suivant. Différents clubs, différents groupes, à différentes heures : Au total, les visiteurs disposent de 2916 alternatives pour organiser leur soirée au festival. YAAY a utilisé ces possibilités de combinaison comme éléments de conception. La couleur des triangles représente le jour, l'angle l'heure de la représentation, une longueur la taille de la scène, l'autre le nombre de musiciens. "Nous ne voulions pas présenter les groupes, mais mettre l'accent sur l'essence du festival", explique la graphiste Nicole Lachenmeier.

Les festivaliers que la combinatoire laisse froids lisent le programme comme n'importe quel autre dépliant. Les autres ont entre les mains un moyen d'aborder le festival de manière ludique. Les triangles créés par les dates du festival ont été recombinés pour chaque application, tantôt en suivant strictement le programme pour le flyer, tantôt de manière beaucoup plus libre pour la grande affiche du festival. Comme le montrent les exemples, les visualisations ont de multiples applications. Pour élaborer un nouveau concept, pour une présentation d'entreprise ou un rapport de gestion, pour accompagner un atelier, pour illustrer de grandes quantités de données ou pour mettre en forme des résultats d'études. Une chose reste la même pour tous les projets : celui qui fait appel à YAAY achète certes du design, mais il obtient bien plus que cela. Grâce à la vision des différentes disciplines, YAAY propose une offre qui va bien au-delà des visualisations. "Nous remettons en question les processus, posons des questions et mettons en évidence les lacunes", explique Hil. YAAY oblige les donneurs d'ordre à repenser leurs processus et leurs procédures, à revenir sur les points essentiels à la fin d'un projet. "Parfois, les arbres cachent la forêt". Un regard extérieur permet de retrouver une vue d'ensemble. "Nous vendons des informations et des données d'une nouvelle manière", explique Hadinia. "Nous en faisons quelque chose d'esthétique".

Isabel Imper

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