Milestoned

Tribune libre : « Au lieu de miser sur de véritables innovations, le tourisme suisse mise sur le marketing « karaoké », écrit Hansruedi Schiesser. ».

Commentaire de l'invité Au lieu de miser sur de véritables innovations, le tourisme suisse mise sur le marketing karaoké, écrit Hansruedi Schiesser.Chaque société connaît ses spasmes. La société du plaisir a la priceitis. Et c'est ainsi que le secteur touristique suisse a lui aussi son "Milestone" depuis quelques années. En novembre, cette distinction récompensant des prestations d'innovation entrepreneuriale a été décernée à l'entrepreneur de marques Hanspeter Danuser, à St-Moritz, et au Mystery Park d'Interlaken. A juste titre ? Moi aussi, je suis un peu "milestoned" chaque mois de novembre. Enivré, stimulé par l'espoir que quelque chose fonctionne encore dans le tourisme suisse. Ce sentiment d'euphorie infondé fait oublier pour un temps certaines difficultés : la pression existentielle d'innombrables entreprises et les craintes de coopération, les flatulences marketing de nombreux directeurs de tourisme, mais aussi l'éternelle agitation autour du bien-être de chaque baignoire rénovée. Il est clair qu'une innovation ne vaut que par sa mise en œuvre. Tout le monde sait aussi que la performance économique des nouveaux hôtels nominés au Milestone est inversement proportionnelle à l'avalanche de relations publiques qui s'est déclenchée. Ce n'est pas non plus une inconnue : La qualité et l'originalité de la mise en œuvre déterminent celles de la chaîne de services. Tout dépend de ce que l'on en fait. Le énième sentier de rösti est-il innovant ? Ou la certification iso suisse des aventures ? La cinquantième campagne de convivialité d'un chemin de fer de montagne ? Et le cinquième hôtel lifestyle à Zurich ? Eh bien, le nouveau n'est pas toujours bon et le bon n'est souvent pas nouveau. Mais le problème demeure : Le tourisme suisse a abandonné son esprit d'innovation. (En conséquence, le Seco subventionnera sans doute prochainement l'innovation d'éléments préfabriqués selon le procédé Lego). A la place, le marketing du karaoké est en marche : fredonner de vieux tubes et devenir ainsi une star pendant 15 minutes.
Pourtant, je suis sur place lors de la remise des prix, fier et défoncé, je m'enivre de mon propre déficit d'originalité et j'écoute les commérages d'envieux dans le compartiment voisin pendant le trajet de retour des CFF. C'est ainsi que le Milestone fait son chemin, ravive les vieilles questions et attire l'attention - comme un pet dans une parfumerie. Le mot magique nous sort de la torpeur de l'invention, chaque lauréat est érigé en gourou de la créativité dans la presse locale et le directeur des remontées mécaniques reprend son ascendant sur la table des habitués.
Il est remarquable de voir comment le Milestone se no-bilise comme un nombriliste : Nous sommes tous puissamment milestoned. Bien sûr, pas toujours par des sauts quantiques innovants. Parfois, il faut aussi se contenter de faire des efforts de marketing. Le secteur de la communication nous en donne l'exemple. Peu importe, l'essentiel est qu'ils nous aident à faire la fête. Et notre pays touristique apathique en a besoin, car nos légendes et notre relève en vivent. Et c'est pourquoi je chante moi aussi - sans craindre la gueule de bois - avec Bob Dylan : "Everybody must get (mile)stoned".
> Hansruedi Schiesser est propriétaire de Trimarca Kommunikation, Coire.

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