Attention, prêt - Numérique : mais à quelle vitesse ?
NUMÉRISATION Dans le cadre de la série "Digital - walk before you run", Christoph Oggenfuss* s'est entretenu avec six personnalités sur le défi de la numérisation. Un bilan et six déclarations clés.

Numérisation et performance du front office - comme le yin et le yang.Dans le cadre de ma deuxième série d'articles, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec six autres personnalités sur le thème de la numérisation. Le groupe d'interlocuteurs comprenait un chercheur en tendances, trois CEO d'entreprises très différentes, une directrice de musée et le country manager de CISCO - l'entreprise technologique leader de la Silicon Valley. Tous les experts étaient d'accord pour dire que le sujet doit être abordé de manière très consciente et avec une grande attention. La pertinence stratégique ne fait également aucun doute pour tous les interlocuteurs. Le présent article a pour but de résumer les principaux enseignements tirés de ces discussions stimulantes et de mettre en évidence quelques points saillants. En raison du grand intérêt suscité par le thème de la numérisation, la série d'entretiens sera poursuivie en 2016 avec d'autres personnes clés.Quelle importance accordez-vous au thème de la "numérisation" ?Pour tous les interlocuteurs, le sujet est hautement stratégique - indépendamment du fait qu'il existe déjà une stratégie numérique. En même temps, ils ajoutent que le monde analogique ne peut pas être simplement coupé. Le grand écart entre l'ancien et le nouveau monde est un défi, surtout en ce qui concerne l'allocation du budget. Comme la numérisation s'insinue dans presque tous les domaines de la vie, il faut partir du principe que bientôt "all business digital business". L'ampleur du sujet se manifeste également par le fait que les modèles commerciaux existants peuvent devenir très rapidement obsolètes et que les barrières à l'entrée pour les nouveaux modèles commerciaux sont devenues très basses. L'Internet of Everything, dans lequel les personnes, les machines, les processus et l'analytique sont mis en réseau, doit être considéré comme un autre levier. Si l'on part du principe que seul 1 % de cette mise en réseau a été réalisé aujourd'hui, on comprend mieux ce qui reste à faire. Mais l'importance stratégique est surtout durable si l'ensemble du conseil d'administration s'y associe. Le thème de la numérisation peut également être divisé en "interne" et "externe". D'un point de vue interne, ce sont l'efficacité et les potentiels d'économie de coûts qui sont au premier plan, et d'un point de vue externe, ce sont les potentiels d'augmentation des revenus et l'amélioration de la communication avec les clients.Même si les interprétations des six interlocuteurs étaient différentes, il y avait un dénominateur commun : l'importance stratégique du thème et la nécessité organisationnelle de devenir plus agile. Le fait que les six organisations sélectionnées ne correspondent en aucune manière à la "moyenne numérique" est dû à la nature du choix des exemples pour le dossier thématique actuel. Le fait est que pour trop d'entreprises, le thème de la numérisation suscite la perplexité - bienvenue dans le bassin de requins d'UBER, airbnb, Zalando et autres.Numérisation : et avec quels projets concrets ?L'abondance d'exemples d'applications concrètes et utiles chez mes interlocuteurs est impressionnante et confirmante - la numérisation n'est pas un battage médiatique mais une prémisse opérationnelle et stratégique. Ainsi, l'entreprise Mammut lance une boutique en ligne B-to-C et établit ainsi le premier canal numérique de vente directe au client final. Il va de soi que le site Internet remanié doit être responsive et donc compatible avec les mobiles. Chez Swisscom, l'introduction de la Voix sur IP a mis en péril les revenus de l'activité de téléphonie classique - cette démarche correspondait à une décision stratégique consciente. Pour Swisscom, la concrétisation de la transformation numérique ne se limite toutefois pas à la technologie - le changement culturel est tout aussi important. Pour ce faire, l'entreprise s'est penchée il y a plus de 10 ans sur la méthode "Human Centered Design" dans la Silicon Valley et l'a appliquée dans sa propre organisation. Chez CISCO, le processus de vente a été transformé et un centre de démonstration virtuel a été intégré, ce qui permet d'intégrer les meilleurs experts mondiaux dans le processus de vente pour certains thèmes. Chez Aduno, c'est l'ampleur du budget alloué aux projets numériques qui rend l'intention stratégique crédible. Par ailleurs, un projet novateur est en cours, dont l'objectif est d'amener la carte de crédit physique sur le smartphone - avec une acceptation mondiale. À la Fondation Beyeler, l'exposition Gauguin de cette année a été accompagnée pour la première fois d'une campagne numérique complète et la coopération avec Spotify a également envoyé un signal fort sur les médias sociaux. Les exemples concrets d'application montrent que lors de la sélection des entreprises et des personnalités pour le troisième dossier thématique "Digital - walk before you run", le choix s'est porté sur des "early movers".Numérisation : quel est le bon rythme ? ...en tout cas plus vite que l'ours qui te poursuit !Il n'y a pas de réponse uniforme à cette question. Mammut, par exemple, adopte un rythme rapide, mais ne prétend pas être le premier à le faire. Dans le domaine des médias sociaux et des contenus de qualité, la barre est clairement placée plus haut. Si un rythme élevé est critique pour le succès, il est possible d'externaliser brièvement les unités d'innovation pour les réintégrer ensuite dans l'organisation dès qu'elles sont opérationnelles. Chez Swisscom, le credo est "l'accélération", ce qui signifie identifier les potentiels et les transformer rapidement en processus de réalisation. Ou encore de mettre en œuvre des projets permettant de réduire les délais d'exécution de plusieurs jours à quelques minutes. Avec le label "nova", Swisscom met rapidement sur le marché des produits non terminés, apprend des feedbacks des clients et optimise en fonction des besoins exprimés. Chez CISCO, le rythme est ultra-agressif, soit l'entreprise réussit à percer, soit ils ont un vrai problème. CISCO veut être le numéro un ou deux sur les marchés cibles et avec cette ambition, un rythme soutenu est indispensable. Aduno aussi va très vite dans ses projets, mais veille en même temps à ce que cela ne se fasse pas au détriment de la commodité et de l'utilisabilité pour le client final. La Fondation Beyeler traite le thème de la vitesse de deux manières : vers l'extérieur, elle est "first mover" et vers l'intérieur, elle s'appuie sur des technologies et des solutions éprouvées dans l'intérêt de la durabilité et d'un développement ordonné.Les plus grands défis ?- Le rythme du changement numérique rend très difficile pour les cadres de faire le bon choix parmi la multitude d'options - c'est-à-dire de sélectionner celle qui convient à leur propre stratégie.- Remplacer la perplexité sur le thème de la transformation numérique par des connaissances de base solides et donner ainsi les moyens au top management.- Établir un nouveau style de direction à l'ère numérique. Le cadre doit passer du statut de "celui qui sait tout" à celui de "coach" et exploiter ainsi le potentiel d'innovation des collaborateurs - et dans 10 à 15 ans, les natifs du numérique prendront de toute façon la direction.- Ne pas hésiter à cannibaliser l'activité principale actuelle - de nouveaux modèles d'affaires permettent de surmonter ces résistances (exemples CISCO, Swisscom).- S'assurer que les collaborateurs peuvent soutenir la transformation numérique et qu'une compréhension numérique largement soutenue se développe. Le numérique doit devenir l'attitude fondamentale implicite de l'avenir.Six déclarations clés de mes interlocuteurs :- "Tout ce qui est numérique n'est pas meilleur en soi". Rolf G. Schmid, CEO Mammut- "La numérisation n'est pas une question de technologie, mais d'abord et avant tout de personnes et de culture". Karl-Heinz Land, Digital Darwinist Neuland AG- "La numérisation crée sans aucun doute de nouvelles possibilités passionnantes, mais qui doivent également être évaluées d'un point de vue éthique. Même si presque tout devient réalisable sur le plan technologique, cela ne signifie pas pour autant que tout peut être fait". Christian Petit, direction du groupe Swisscom - "La numérisation est une chance énorme de résoudre de grands problèmes - je ne vois pas d'alternative. L'avenir sera marqué par la technologie et chaque entreprise deviendra une entreprise tech". Christian Martin, Country Manager CISCO Suisse- "Le Groupe Aduno est synonyme de 'the smart way to pay' - mais le client a avant tout besoin de recourir à un service ou d'acheter quelque chose. Notre tâche est d'offrir le processus de paiement sans numéraire aussi simple, sûr et rapide que possible". Martin Huldi, CEO du Groupe Aduno- "La sécurité des données est une priorité - nous devons être conscients des dépendances dans lesquelles nous nous plaçons avec les données enregistrées chez nous et de la manière dont nous assumons notre responsabilité en matière d'histoire de l'art". Ulrike Erbslöh, directrice de la Fondation BeyelerJe me réjouis déjà de la quatrième série d'entretiens professionnels avec des représentants de l'économie au quatrième trimestre 2016 sous le titre "Digital - The new Normal". D'ici là, le rythme effréné de la numérisation aura déjà fourni de nouveaux thèmes et discours passionnants.
