Un algorithme apprend à composer

En matière de créativité, l'homme a encore une longueur d'avance sur la machine. Mais l'air commence à se raréfier : un algorithme d'apprentissage conçu par des chercheurs de l'EPFL écrit des morceaux de musique qui imitent certains styles tout en étant aussi originaux que ceux écrits par des humains.

738x415_f5f5f5

Dans des jeux comme les échecs ou le go, les ordinateurs ont déjà surpassé l'homme. Des algorithmes d'apprentissage peuvent même transformer des photos en imitations d'œuvres d'art d'artistes connus. Mais l'intelligence artificielle rattrape encore son retard dans un autre domaine qui était jusqu'à présent un haut lieu de la créativité humaine : un algorithme de "deep learning" développé à l'EPFL compose des mélodies.

Il est vrai que le "Deep Artificial Composer", présenté récemment par Florian Colombo et Wulfram Gerstner de l'EPFL lors de la conférence EvoStar, imite lui aussi ce qui existe déjà. Il ne produit toutefois pas de plagiat, mais des morceaux aussi originaux que ceux produits par un être humain, a fait savoir l'EPFL jeudi. L'algorithme écrit des notes et ne produit pas de fichiers audio.

Composer sans théorie

Il existe déjà plusieurs projets visant à apprendre à l'intelligence artificielle à composer. Parmi eux, des algorithmes de Google et de chercheurs de différentes universités du monde entier, qui fabriquent par exemple de la musique de jazz ou imitent des œuvres de Bach.

De nombreux compositeurs automatiques déjà existants ont recours à la théorie musicale traditionnelle, écrit l'EPFL. L'algorithme présenté ici a cependant appris à composer à partir de zéro. Colombo et Gerstner l'ont alimenté avec un ensemble de données de morceaux de folk irlandais et de klezmer, qu'il a analysés note par note et dont il a calculé les probabilités quant au prochain son et à sa longueur. Le "Deep Artificial Composer" a ainsi créé son propre ensemble de règles pour ces styles de musique. La même chose serait toutefois possible avec n'importe quel autre style.

Les chercheurs ont ensuite laissé l'algorithme s'entraîner sur d'autres morceaux et améliorer ses prédictions. Dès qu'il est capable de prédire correctement le son suivant avec un taux de réussite de 50 pour cent et sa longueur de 80 pour cent, il n'a plus besoin de s'entraîner et peut composer des mélodies similaires, mais néanmoins nouvelles, du début à la fin, selon le communiqué. Aucune retouche humaine n'est nécessaire.

La bonne quantité de formation

L'important est de trouver le bon niveau d'entraînement : trop peu donne des mélodies qui ne sont pas convaincantes, même pour les non-initiés, tandis que trop d'entraînement n'est pas bon non plus : les morceaux nouvellement composés ont alors tendance à trop ressembler à des morceaux déjà existants. Mais le "Deep Artificial Composer" s'en rend compte en comparant sa nouvelle œuvre avec son ensemble de données de morceaux de musique existants.

L'algorithme n'en est encore qu'à ses débuts, car il ne peut générer que des mélodies à une voix, selon les chercheurs. A long terme, Colombo aimerait, selon ses propres dires, le développer de manière à ce qu'il puisse écrire des partitions pour un orchestre entier.

Pour les compositeurs humains, l'air pourrait donc un jour se raréfier si des machines écrivent des musiques convaincantes pour des jeux vidéo, des publicités ou même des films entiers. (SDA)

More articles on the topic