Un journal doit toujours écouter la personne critiquée
Un journal a-t-il le droit de ne pas donner la parole à une personne contre laquelle il porte de graves accusations ? Non, estime le Conseil de la presse à propos d'un scandale hospitalier survenu en Valais en 2013 et qui lui a été signalé.
Même si le journal a interrogé le supérieur de la personne et a rendu compte quelques semaines après les articles de la prise de position de cette personne lors d'une conférence de presse, il ne peut pas y renoncer. Le principe de l'audition en cas de reproches graves doit être respecté dans tous les cas, écrit le Conseil de la presse dans un communiqué de vendredi.
En août 2013, le journal valaisan "Le Nouvelliste" a publié deux articles critiques sur Vincent Bettschart, médecin à l'hôpital de Sion. Il y faisait état du décès de plusieurs patients après des opérations pratiquées par Bettschart. Les informations utilisées pour le premier article provenaient du journal satirique "Vigousse". Dans le deuxième article, "Le Nouvelliste" relatait un nouveau décès après une opération et citait essentiellement des sources anonymes.
Bettschart a saisi le Conseil suisse de la presse. Il a estimé que plusieurs principes du code des journalistes avaient été violés : le devoir de vérité, le traitement des sources, l'audition en cas d'accusations graves et la présomption d'innocence.
Dans sa décision, le Conseil de la presse constate que "Le Nouvelliste" a traité correctement les informations disponibles en tentant de les vérifier. Citer des sources anonymes n'était pas possible compte tenu du climat délétère qui règne au sein du réseau de santé.
Valais, dont l'histoire récente est émaillée d'incidents et de scandales, se justifie. Le Conseil de la presse rappelle qu'un journal n'est pas tenu de reprendre tout l'historique d'une affaire qui fait régulièrement parler d'elle. Il peut aussi citer le nom d'une personnalité connue comme Vincent Bettschart. Car le médecin était bien le sujet de l'article.
En revanche, "Le Nouvelliste" aurait dû entendre le plaignant sur les graves accusations portées contre lui, ou du moins tenter de le faire. La rédaction ne peut pas se prévaloir d'avoir interrogé le président du conseil d'administration et la conseillère d'Etat compétente, ni d'avoir donné la parole à Bettschart quelques semaines plus tard.
