L'entraîneur de créativité
Comment les trouver, les bonnes idées ? Avec beaucoup d'entraînement et un peu d'humour, dit Chris Brügger. Avec son entreprise Denkmotor, il donne à ses clients le coup de pouce nécessaire à la créativité.

"La créativité au bout des doigts", tel est le nom de l'atelier de Chris Brügger. Et c'est dans ce style que les choses commencent. Chaque participant reçoit une cheville dans les mains. "A quoi peut-on l'utiliser - à part pour accrocher un tableau ?", demande Brügger à la ronde. "Vous avez deux minutes pour noter vos idées". Alors que certains commencent déjà à noter, d'autres semblent encore attendre l'éclair de génie. Pas si facile d'être créatif "en appuyant sur un bouton". "Les idées sont la base du succès commercial. Pourtant, de nombreuses entreprises laissent la recherche et la découverte de nouvelles idées au hasard", déclare Brügger. Il est convaincu que la chance ne joue qu'un rôle limité dans la créativité. Pas plus que les dispositions personnelles. "La créativité s'apprend en grande partie. C'est un muscle qui peut être entraîné".
Avec son entreprise Denkmotor, que Brügger a fondée il y a huit ans avec Jiri Scherer, son partenaire commercial, il donne aux entreprises et à leurs collaborateurs le coup de pouce nécessaire à la créativité. Dans le cadre de conférences, de formations à la créativité et d'ateliers d'innovation, il transmet des outils qui aident à générer des idées et à les évaluer ensuite. Qu'il s'agisse d'idées pour de nouveaux produits et services, pour le marketing et la vente. Si Denkmotor était autrefois sollicité pour des formations, ce sont aujourd'hui surtout des ateliers qui sont organisés. "Les entreprises ne veulent plus que leurs collaborateurs apprennent seulement la théorie, mais voient un résultat". Pour Migros, un atelier a par exemple permis de générer des idées pour une nouvelle boisson lactée mélangée. Quatre variantes du mélange de lait et de thé se sont finalement retrouvées dans les rayons quelques mois plus tard. Les grandes entreprises du secteur des services et de l'industrie comptent en premier lieu sur les services de Denkmotor. Outre de nombreuses assurances et banques, les entraîneurs créatifs ont par exemple déjà équipé une entreprise de technique laser pour les yeux avec les outils nécessaires pour découvrir de nouvelles méthodes d'opération. Brügger dessine un cercle et un couteau sur le flipchart. "Ce gâteau doit être découpé en huit parts. Mais vous n'avez le droit de couper que trois fois avec le couteau". Le gribouillage commence. Au bout de quelques secondes seulement, les premiers posent le crayon de côté. "Et alors ?", demande Chris. Un participant au séminaire présente son approche. "Bon, d'accord. Tout le monde est-il arrivé à cette solution ?" Les mains se lèvent. "Et qui a trouvé plus que celle-ci ?" Maintenant, ils ne sont plus que deux.
Si l'on ne nous demande pas de chercher plusieurs solutions, nous nous contentons généralement d'une seule. Cette "paresse de réflexion" est tout à fait rationnelle, car elle permet d'économiser des ressources. Une fois que nous avons trouvé le chemin le plus rapide pour nous rendre au bureau, nous choisissons désormais toujours le même itinéraire. "Mais la créativité, c'est de ne pas toujours prendre le même chemin". Brügger dessine une rivière sur le flipchart. "La grande quantité d'eau s'écoule le long du large fleuve. C'est la routine, la manière habituelle de penser. Penser de manière créative signifie quitter le fleuve et bifurquer vers les petites rivières latérales". Pour détourner ses clients du flux de pensée habituel, Brügger travaille avec différentes techniques de créativité. L'une d'entre elles est la méthode des mots stimulants. Elle consiste à choisir un mot irritant quelconque, qui n'a absolument rien à voir avec le sujet proprement dit. "Magicien", "feu d'artifice" ou "lame de rasoir", par exemple. Des associations sont formées autour de ces termes. Si le mot magique est "lame de rasoir", il pourrait être "tranchant", "argenté", "masculin" ou "rasant", etc. A partir de ces associations, la question est à nouveau considérée. "La méthode des mots stimulants est un puissant déclencheur pour développer soudainement des idées inédites. "
"Quel serait l'avantage s'il n'y avait plus que des voitures jaunes ? Notez le plus de points possible en une minute. Uniquement les avantages, pas les inconvénients". La meilleure condition pour trouver une bonne idée est d'avoir le plus d'idées possible. Il faut donc d'abord ouvrir largement la focale, selon Brügger. Il est important de noter que même si les propositions semblent absurdes ou irréalistes, la critique est interdite dans cette première phase. "Les oiseaux de mauvais augure et les sceptiques qui te disent pourquoi quelque chose ne doit pas marcher, il y en aura encore beaucoup après". Or, c'est précisément cette règle qui est souvent ignorée lorsque l'on essaie des techniques de créativité. Avec des conséquences. Sans organisation, les techniques sont souvent infructueuses. Le fait que certains soient sur le pied de guerre avec la plus connue, le brainstorming, n'étonne donc pas Brügger. Le brainstorming se déroule souvent de manière trop peu structurée. L'un dit quelque chose, l'autre critique : "De toute façon, ça ne marche pas, nous avons déjà essayé l'année dernière. "Le brainstorming se termine par une discussion sans but. Au final, rien n'est mis en œuvre, tout le monde est frustré. "Tout le monde peut trouver gratuitement des outils de créativité sur Google. Mais ce n'est que la moitié de la bataille".
Lorsque Denkmotor organise des ateliers chez des clients, les objectifs sont convenus au préalable avec le client et la procédure en est déduite. Il est important de réunir les bonnes personnes et les bonnes compétences autour de la table. "Pour trouver des solutions créatives, il faut à la fois de l'expertise et de la créativité. Dix experts ne garantissent pas une idée brillante. De même, dix penseurs transversaux ne réinventent pas le monde. C'est la bonne combinaison qui fait la différence".
Quels sont les facteurs qui s'opposent à la créativité dans une entreprise ?
CB : Les hiérarchies raides et les longues voies décisionnelles rendent la créativité difficile. De plus, le fait qu'il n'y ait jamais de changement de personnel dans une entreprise n'est pas très encourageant. De temps en temps, il faut un peu de sang neuf. Et puis, il y a encore autre chose : la tolérance zéro en matière d'erreurs est le tueur absolu de la créativité. Les erreurs ne doivent pas être condamnées ou balayées sous le tapis. Les collaborateurs doivent être motivés pour essayer quelque chose et ne pas se contenter de faire "business as usual".
Qu'est-ce qui favorise la créativité ?
CB : L'humour me tient à cœur à cet égard. Un bon climat de travail est une condition préalable à la créativité. Il doit être possible de faire une blague de temps en temps sur le lieu de travail. De plus, l'humour permet d'accéder plus facilement à la créativité. La créativité et l'humour ont la même systématique. Dans les deux cas, il s'agit de sortir du flux habituel des pensées et de tomber sur quelque chose d'imprévisible, de surprenant.
L'humour occupe une place importante dans la vie de Brügger. "J'aime par-dessus tout son humour sensible et intellectuel", raconte un bon ami. En même temps, il le décrit comme quelqu'un d'extrêmement loyal et sérieux. Les séminaires de Brügger sont donc un mélange des deux. Bien structuré et planifié, il parvient néanmoins à s'adapter aux participants et à réagir spontanément aux situations. Il n'hésite pas à ajouter une touche d'humour.
"Chris Brügger a conservé sa fraîcheur et sa vivacité d'esprit pendant de nombreuses années. Il propose toujours de manière crédible des pistes de réflexion inhabituelles et dispose ensuite de la capacité à développer une approche de solution", explique Jürg Kuster, directeur de la formation continue en management BWI de l'ETH Zurich, où Brügger donne des cours. "Choisissez quelqu'un parmi les participants et faites le portrait de cette personne. Trente secondes, c'est parti". Les participants commencent à dessiner. "Stop", le temps est écoulé. "Êtes-vous satisfaits du résultat ? ", demande Brügger. Les participants au séminaire ne semblent pas très heureux. "Le dessin aurait-il été sensiblement meilleur si vous aviez eu plus de temps ?" Secouant la tête. "Tout ne s'améliore pas quand on dispose de plus de temps", explique-t-il. "Les délais sont très importants. Il faut savoir quand il est judicieux d'investir du temps et quand il ne l'est pas". Brügger se considère-t-il comme créatif ? "Je pense que j'ai une manière flexible de penser et de trouver des solutions créatives. Au quotidien, je ne me laisse pas immédiatement stresser, mais je trouve rapidement des possibilités de réagir aux choses. Créatif dans le sens de
Brügger ne se fait pas d'illusions sur l'effet à long terme de ses séminaires et ateliers. "Si les techniques apprises ne sont pas appliquées au quotidien, l'effet s'estompe relativement vite". L'idéal serait donc qu'une entreprise mette en œuvre les techniques d'une manière ou d'une autre ou répète les ateliers. Le formateur en créativité est convaincu qu'il existe un potentiel suffisant. Finalement, la créativité n'est pas seulement demandée lorsqu'il s'agit d'inventer de nouveaux produits et services, mais aussi et surtout pour améliorer ceux qui existent déjà. "Le monde devient de plus en plus complexe et compliqué", explique Brügger. Les appareils techniques reçoivent constamment plus de fonctions, les produits et les services sont de plus en plus complets et confus. Mais toujours plus n'est pas toujours mieux. "Souvent, toujours plus signifie surtout : plus de temps, plus de temps de formation pour les collaborateurs, plus de demandes de la part des clients... ". La simplicité deviendrait de plus en plus un avantage concurrentiel.
Le dernier-né de Denkmotor s'appelle donc "Simplicity". Actuellement, les formateurs en créativité sont aux côtés d'un grand groupe qui souhaite se soumettre à une "cure de simplification". Denkmotor lui fournit les outils nécessaires pour trouver et suivre la voie de la simplicité. Brügger : "Être compliqué, c'est assez simple. En revanche, être simple, ce n'est pas si simple".
Isabel Imper

Chris Brügger (photo de gauche) est hôtelier et manager qualité diplômé. Son parcours professionnel l'a mené à travers le monde en tant que guide international et conseiller de chaînes hôtelières de luxe. Il y a huit ans, il a fondé avec Jiri Scherer sa propre entreprise, Denkmotor, qui se consacre aux thèmes de la créativité, de l'innovation et de la simplicité (Simplicity). Sa clientèle compte des entreprises telles que Credit Suisse, Coop, Daimler, Generali, Helsana, IBM, Migros, les CFF, La Poste, Axa Winterthur, Allianz, ABB ou Alstom. Chris Brügger est professeur invité dans deux hautes écoles spécialisées suisses et chargé de cours à la formation continue en management BWI de l'EPF de Zurich. Il est co-auteur des livres "Simplicity - Principles of Simplicity", "Innovation Management" et "Creativity Techniques". Il est également membre de la German Speakers Association (GSA).

Résolution :
La solution "facile" :
1. première coupe verticale, couper en deux
2. deuxième coupe verticale, couper en quatre
3. coupe horizontale, en huit

Problème : toutes les pièces ne sont pas identiques (pièces inférieures avec fond de tarte/sans glaçage, pièces supérieures sans fond)
Autre solution :
1.+2. voir ci-dessus
3. empiler les quartiers et les couper à nouveau verticalement

Autre solution :
1.+2. voir ci-dessus
3. disposer tous les quartiers l'un derrière l'autre sur une ligne droite et les couper en deux en une seule fois avec le couteau, l'un derrière l'autre

