Construire la convergence avec la "coopétition
La SSR et les éditeurs devraient coopérer dans une certaine mesure, plutôt que de se livrer une guerre sans merci. Tribune libre de Stephan Russ-Mohl, directeur de l'Observatoire européen du journalisme à l'université de Lugano.
Il y a encore des surprises dans la vie, parfois même deux : l'été dernier, Hanspeter Lebrument avait brandi le bouclier et nous avait effrayés, nous les scientifiques de la communication : "La pire garde de ceux qui sont appelés à faire de la science" avait "conquis le domaine des médias et de la communication". Leurs travaux sont inutilisables, "marqués par un manque de systématique, des critères de recherche et de formation douteux, ainsi que des résultats peu compréhensibles", a-t-il écrit dans Flash extra, le journal de son association, justement sur le thème de la "qualité", un sujet récurrent.
Quelques mois plus tard, l'association de Lebrument a invité quatre "spécialistes renommés des médias" (selon l'association Médias Suisses) à une audition à Zurich pour "réfléchir de leur point de vue à des variantes de solution dans le conflit entre la SSR et les éditeurs privés sur le marché en ligne".
La deuxième surprise est venue de l'audition elle-même. Sans aucune concertation préalable, les quatre experts invités sont arrivés à des conclusions très similaires. Roger Blum, Heinz Bonfadelli, Kurt Imhof - qui venait de recevoir une raclée supplémentaire de la part des éditeurs pour son annuaire "Qualität der Medien" - et moi-même avons recommandé aux éditeurs de s'asseoir autour d'une table avec la SSR et de réfléchir ensemble à la manière dont ils pourraient façonner l'avenir convergent des médias, dans l'intérêt des deux parties. Au lieu de se disputer les peanuts que la future publicité en ligne permettra de réaliser et au lieu de se faire la guerre en matière de présence en ligne, ils devraient s'efforcer de préserver la diversité éditoriale et d'assurer le meilleur service possible aux utilisateurs des médias suisses en se répartissant les tâches avec des ressources limitées et qui vont probablement continuer à se réduire. L'avenir des médias est en ligne, et c'est là que convergent les anciens médias que sont la télévision, la radio et la presse écrite.
Ceux qui souhaitent conserver un "service public" à une époque où les médias commerciaux sont de moins en moins en mesure de remplir leur mission de service public en raison de l'effondrement des recettes publicitaires sur le web, de la baisse de la disposition à payer du public et de la diminution des rédactions, devraient se montrer prudents lorsqu'ils demandent à la SSR de s'autolimiter sur Internet.
La diversité des médias en Suisse est en tout cas davantage menacée de l'extérieur, c'est-à-dire par des poids lourds comme Google, Apple et Facebook, mais aussi par de grandes entreprises de médias européennes comme Bertelsmann/RTL, Springer et Mediaset/Mondadori - ainsi que par le plus grand acteur privé suisse Tamedia - que par la SSR.
Il vaut la peine de penser à l'avenir dans le monde d'Internet et d'explorer les synergies possibles si l'on veut préserver la qualité élevée du journalisme et la "suissitude". "Coopération" est le mot clé. On pourrait apprendre des entreprises de logiciels californiennes comment organiser la coopération entre concurrents - par exemple en renforçant ce que les concurrents qui deviennent des partenaires de coopération font déjà le mieux : Ainsi, la SSR pourrait également fournir des images animées et des podcasts pour les sites web des éditeurs - ainsi que des reportages sur l'étranger, les sciences et les médias, c'est-à-dire rendre plus largement disponible tout ce que nous avons déjà payé avec l'argent de la redevance et que de nombreux éditeurs de journaux ne peuvent pas faire ou ont déjà fortement réduit. De leur côté, les éditeurs de journaux pourraient également contribuer à la plateforme en ligne de la SSR en échange d'une rémunération appropriée et faire valoir leurs points forts dans les reportages régionaux et locaux, où ils sont de toute façon depuis toujours les fournisseurs d'informations des grandes agences de presse. Les revenus publicitaires pour les offres en ligne - c'est et ce sera probablement un sujet de discussion secondaire, car les sites d'information ne réaliseront de toute façon que de faibles recettes publicitaires.
Quiconque a eu l'occasion d'écouter récemment le directeur général de la SSR, Roger de Weck, ou le chef de la RSI tessinoise, Dino Balestra, leur reconnaîtra un sens de la réflexion qui fait encore défaut à de nombreux éditeurs. De Weck vient de la presse, il a été rédacteur en chef du Tages-Anzeiger et du Zeit. Avec lui comme interlocuteur, les éditeurs devraient réussir à façonner activement l'avenir des médias en Suisse. Mais pour cela, ils doivent d'abord abandonner quelques positions frontales avant-gardistes - et peut-être aussi apprendre à leur grand président que les conseils scientifiques ne sont pas totalement inutiles, et qu'ils peuvent même parfois être précurseurs.
