Dans la salle de jeu du pouvoir

Les médias, qui se présentaient comme les gardiens autoproclamés de la démocratie, ont été relégués au rang de jouets entre les mains de l'UDC pendant la campagne électorale.

Les médias, gardiens autoproclamés de la démocratie, ont été relégués au rang de pions de l'UDC pendant la campagne électorale.Au final, les élections parlementaires du 19 octobre ont également suivi la tendance qui avait déjà marqué les années 90 : la tendance à la polarisation des partis politiques, au remaniement du camp bourgeois en faveur de la droite et du national-conservatisme et donc à l'affaiblissement du centre politique. Ainsi, l'UDC de droite a encore progressé en termes de voix et de sièges au détriment du parti libéral-radical et du parti démocrate-chrétien. Pour la première fois de son histoire, l'UDC est non seulement le premier parti de Suisse en termes d'électeurs, mais aussi le plus grand groupe parlementaire à l'Assemblée fédérale.Tant la campagne électorale réussie de l'UDC que son combat actuel pour obtenir davantage de pouvoir gouvernemental soulignent une fois de plus le rôle central des médias - mais en tant que porte-parole passifs de groupes d'opinion concurrents. Dans une démocratie médiatique, les luttes électorales et les luttes pour le pouvoir sont essentiellement des luttes pour l'attention du public. La progression continue de l'UDC depuis les années 90 repose sur le fait qu'elle a mieux réussi que ses concurrents à utiliser les lois de la démocratie médiatique en sa faveur. Peu importe que la plupart des médias de notre pays soient encore orientés vers la gauche libérale et qu'ils ne soient en tout cas pas favorables à l'UDC sur le plan politique. En effet, un marketing politique et événementiel professionnel ne vise pas à obtenir un maximum d'applaudissements de la part des médias, mais un maximum de publicité médiatique.
L'UDC a également remporté les dernières élections parce qu'elle est parvenue, une fois de plus, à obtenir une plus grande publicité dans les médias - et donc à s'adresser à la plupart des nouveaux électeurs, des électeurs de passage et des électeurs occasionnels, en plus de ses électeurs habituels et motivés par l'idéologie. L'UDC a organisé nettement plus de conférences de presse que ses concurrents en direction de ces couches d'électeurs. De même, ses innombrables tables rondes, annoncées par des titres toujours croustillants et provocateurs, visaient moins la visite du public que la couverture médiatique des agences de presse et des médias locaux et régionaux. Aucun autre parti que l'UDC ne s'efforce de manière plus professionnelle de bombarder tous les médias avec des avalanches de lettres de "lecteurs" bien orchestrées, mais aussi avec des articles de journaux standardisés et des offres d'interviews - sous la direction de stratèges politiques qui déterminent avec quels thèmes, messages et histoires il est possible d'aborder au mieux les électeurs potentiels et par quels canaux. Et aucun autre parti n'a finalement investi autant d'argent que l'UDC dans de grandes annonces textuelles ou de petites annonces illustrées dans la phase finale.
Dans la lutte qu'elle mène ces jours-ci et ces semaines-ci pour un deuxième siège au Conseil fédéral, l'UDC a une fois de plus le vent en poupe. Le dimanche des élections, Christoph Blocher a été "désigné" d'en haut comme seul candidat, et l'Assemblée fédérale a été menacée de chantage et d'impuissance de ne plus reconnaître Samuel Schmid comme conseiller fédéral UDC en cas de non-élection de Blocher. Voilà qui promet enfin du bruit et du suspense dans le monde politique habituellement si bien équilibré de notre pays. C'est pourquoi la plupart des médias sont d'accord, avec une rare unanimité : Blocher, le maître en matière de moquerie sans compromis du gouvernement, du Parlement et de la concurrence politique, doit être promu subito au Conseil fédéral. Et les médias sont également d'accord pour dire que l'un des deux conseillers fédéraux PDC en fonction doit soit se retirer volontairement dès le mois de décembre, soit être révoqué.
Les médias jouent le jeu du pouvoir dicté par l'UDC sans faire preuve d'esprit critique, car le bruit et la confrontation ont en soi une grande valeur de divertissement et d'information. Dans l'esprit de l'UDC, les commentaires des médias sont d'ores et déjà programmés en cas de non-élection de Blocher : Parlement lâche ! Peur de Blocher ! Gifle pour le peuple ! Honte aux politiciens PDC au Conseil fédéral ! Dans les faits, la plupart des médias, en tant que gardiens autoproclamés de la démocratie, ont donc été réduits à l'état de pions de l'UDC, aussi bien lors de la campagne électorale passée que dans la lutte actuelle pour le pouvoir, et sont devenus les auxiliaires de ce parti qui pratique depuis des années le meilleur marketing politique.
Chant des sirènes postmoderne : le conseiller national UDC Christoph Blocher utilise habilement les médias pour atteindre ses objectifs.

> Kenneth Angst a travaillé dans les rédactions en chef de la NZZ et de la Weltwoche et est aujourd'hui consultant indépendant en affaires publiques.

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